Où on va papa?

Publié le par djule

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Où on va papa ? est un très court roman de Jean-Louis Fournier qui raconte sa vie, la sienne et surtout celle de ses deux enfants handicapés.

 

Jean-Louis Fournier est à la fois un écrivain, un humoriste et un réalisateur de télévision. Il ne parle pas forcément aux plus jeunes d’entre nous (dont je fais partie !) puisque ce vénérable monsieur approche des 70 ans.

 

Dans son ouvrage qui prend la forme d’une longue lettre adressée à ses deux garçons, Fournier aborde un sujet particulièrement douloureux avec un humour distancié dans lequel on reconnaît un fidèle disciple de Desproges avec lequel il a travaillé. Pour lui, en effet, un des « avantages » d’avoir des enfants handicapés est que l’on peut se permettre de rire de la maladie, de l’absurdité de la vie, des maladresses de ces enfants malades. Il illustre ainsi, en se servant de son propre exemple, l’éternelle question : Peut-on rire de tout ?

Jean-Louis Fournier, en dépit de sa posture faussement désinvolte et cynique, traite le sujet avec tant de délicatesse que le lecteur, s’il parvient à sourire de certaines situations, perçoit en permanence la souffrance du père derrière la plume de l’écrivain.

 

Mathieu et Thomas sont les deux héros inconscients de ce livre-dédicace. Deux enfants handicapés qui ont bouleversé la vie d’un couple mais avant tout l’image que Jean- Louis Fournier se faisait de la paternité. La relation entre les deux garçons et leur père occupe le centre de l’œuvre dans laquelle la mère est ostensiblement absente.

 

Jean-Louis Fournier dissimule ses peurs et sa souffrance derrière les bons mots et autres petits travers de ses enfants.

 

Le livre de Fournier est un témoigne pudique sur une situation que certains écrivains contemporains n’auraient pas hésité à traiter avec ostentation et tragédie. En cela, il se démarque complètement de la production littéraire actuelle et se démarque par son style sobre et distancié qui crée une empathie sincère, loin de tout pathétique, chez le lecteur. Ecrire un livre sur un sujet aussi difficile et douloureux avec autant de distance et d’humour était une véritable gageure que Fournier relève avec brio.

En revanche, je suis un peu gênée par les multiples louanges de la presse critique qui salue le style de Fournier et voit dans son livre une des meilleures productions littéraires de l’année passée. Sur le plan strictement littéraire, le livre de Fournier est un peu décevant et la distance permanente m’a tout de même laissé une sensation d’inachevé en refermant l’ouvrage.

 

L’absence de la mère des deux enfants et du troisième enfant du couple, Marie, est également un aspect étonnant de ce roman et la lecture du blog de la maman de Mathieu et Thomas peut donner une prégnance plus grande à l’histoire de ces deux éternels enfants.

Publié dans Chez les Franchies

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Lorencita 01/04/2010 18:35


J'ai lu ce livre dans le TGV entre Aix-en-Provence et Genève et je suis restée sur ma faim. Je ne sais pas pourquoi mais je ne l'ai pas aimé, pas compris l'engouement des critiques. Grâce à ton
analyse et au blog que tu mentionnes j'ai pu peut-être éclaircir le malaise enfin je crois...


djule 01/04/2010 19:54



Je ne comprends pas non plus le succés du livre. C'est un bon témoignage et un livre important surement mais qui ne mérite pas l'engouement dont il a fait l'objet à mon sens.



Petite Fleur 31/03/2010 08:19


Moi, l'absence de la mère et de la fille ne m'a pas choquée puisqu'il le dit dès le début, c'est un livre sur et pour ses deux fils.
J'avais aussi été touchée par la souffrance qu'on sent derrière les mots et l'humour.


djule 31/03/2010 10:28



Cela ne m'a pas choqué mais ça m'a laissé une impression d'inachevé dans cette histoire.



constance93 31/03/2010 00:28


j'ai lu ce roman l'année dernière : très simple et très émouvant mais je ne pense pas que cette (fausse) pudeur soit réellement d'un grand intérêt stylistique et que ce roman soit "le roman d'une
année"


djule 31/03/2010 10:27



Je suis tout à fait d'accord avec ça. Le livre est intéressant du point de vue du témoignage mais sur le plan littéraire il a de nombreux défauts.