Ce que le jour doit à la nuit

Publié le par chezdjule.over-blog.com

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Je lis avec plaisir tous les romans de Yasmina Khadra dont l’univers contrasté me fascine et me trouble. Après m’être plongée dans les méandres d’un policier manipulé et lucide sur son pays dans La Part du mort, je me suis lancée dans un succès récent de l’écrivain : Ce que le jour doit à la nuit. J’ai attendu un certain temps avant d’entreprendre la lecture de ce roman car je savais qu’il allait résonner tout particulièrement en moi, faire écho à une histoire qui m’habite.

           

            L’histoire se passe en Algérie, dans les années 1930 et le roman s’ouvre sur la déchéance brutale de la famille de Younes condamnée à s’installer dans un quartier déchu d’Oran, Jenane Jato

« Jenane Jato : un foutoir de broussailles et de taudis grouillant de charrettes geignardes, de mendiants, de crieurs, d’âniers aux prises avec leurs bêtes, de porteurs d’eau, de charlatans et de mioches déguenillés ; un maquis ocre et torride, saturé de poussière et d’empuantissement, greffé aux remparts de la ville telle une rumeur maligne. »

 

Le destin de Younés, bientôt rebaptisé en Jonas, va basculer lorsque son père, las de se battre, le confie à son frère pharmacien. Jonas commence alors une nouvelle vie, dans une nouvelle famille qui ne lui fera jamais oublié les siens englouti par la misère de Jenane Jato. Adopté par son oncle Mahi et sa femme Germaine, Jonas va être confronté à une crise d’identité latente.

 Il intègre alors la société des autres Algériens, celle des français. Au grès de ses préoccupations d’adolescent puis de jeune adulte, Younes va se heurter à l’inévitable marche de l’histoire et comprendre la difficulté qu’il y a à ne pas vouloir choisir un camp.

            Lorsque le 1er novembre 1954, les Algériens déclarent la guerre pour retrouver leur indépendance, la paisible vie à Río Salado va basculer dans la tragédie de l’histoire. Younes évite les affrontements et se refuse à choisir son camp mais il sera forcé, par les événements, par les hommes, par une part de lui-même, d’en intégrer une et d’en assumer les conséquence. L’histoire franco-algérienne, elle, se poursuit inexorablement jusqu’au départ forcé des Pieds-noirs, vécu comme une véritable déchirure par l’ensemble des anciens amis de Younes.

           Yasmina Khadra donne à chacun de ses personnages une profondeur réelle qui guide le lecteur vers une compréhension plus vive de ces années de lutte fratricide. Cette histoire tragique, dans laquelle il n’y a ni véritable coupable ni victime totalement innocente, est racontée avec une douceur pudique qui émeut profondément le lecteur.

 

              Le style envoûtant de Khadra est pour beaucoup dans le plaisir du lecteur : ses descriptions sensuelles ponctuent le récit et offrent des moments de réelle poésie.

 

              La dernière partie du roman offre un bilan de vie troublant et émouvant qui a résonné longtemps en moi après la fermeture du livre. La générosité du personnage, et derrière lui de l’auteur, offre une vision réconciliée de l’histoire franco-algérienne qui donne corps à mes sensations personnelles.

Publié dans Voyage en littérature

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Liline 22/02/2010 23:18


Le titre était "poétique et intriguant" l'article le rend déjà "poignant"... à me prêter I.M.P.E.R.A.T.I.V.E.M.E.N.T.!!!! merci!


chezdjule.over-blog.com 23/02/2010 12:58


Que de messages! Merci beaucoup!
Je te le mets de côté dès à présent! Tu vas voir, c'est un livre qui marque je pense.