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Soupoudrons nos lectures:
- Histoire de la laideur, Umberto Eco
- Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig

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- Le Pendule de Foucault, Umberto Eco
- Le rapport Brodeck, Philippe Claudel
- Histoire de la laideur, Umberto Eco
- Une histoire des haines d'écrivains, A. Boquel et E. Kern
- Mémoires d'un fou, G. Flaubert
- Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, M. A. Shaffer et A. Barrows
- Les gens indispensables ne meurent jamais, Amir Gutfreund
- Le carnet d'or, Doris Lessing (prix Noble de littérature 2007)
- Incendiaire, Chris Cleave
- Etre sans destin, Imre Kerstész
- Le pacte des assassins, Max Gallo
- Je, François Villon, Jean Teulé
- Le Montespan, Jean Teulé

- La consolante, Anna Gavalda

Lundi 19 juillet 2010 1 19 /07 /Juil /2010 19:03

les-hirondelles-de-kaboul.jpg

 

Un travail de rédaction m'a récemment conduit à faire des recherches sur la guerre en Irak, la situation de Bagdad et les conditions de vie de ses habitants.

 

Pour comparer plusieurs traitement de l'Histoire par les romanciers, j'ai décidé de relire un ancien roman de Yasmina Khadra, les Hirondelles de Kaboul.

Même époque, même fanatisme, même peur mais écriture différente de l'auteur sur lequel je travaillais alors.

 

En résumé:

Dans un Kaboulcaniculaire, parmi les ruines du désastre et celles des esprits, deux hommes et deux femmes cherchent un sens à leur vie : un bourgeois déchu, une avocate interdite d'exercer, un geôlier s'amenuisant à l'ombre des exécutions publiques et une épouse aux prises avec une maladie incurable.

A travers leur quête de la dignité humaine, le martyre d'une nation traumatisée par les guerres et la folie, livrée aux sortilèges des gourous et à la tyrannie des talibans.

Et pourtant, là où la raison semble perdue, l'amour refuse de céder et se réclame du miracle. Mais qu'est-ce que le miracle dans un pays où "les liesses sont aussi atroces que les lynchages" ?



En émotion:

Yasmina Khadra exploite à nouveau le principe des destins croisés en introduisant une légère variation sur laquelle repose justement toute la beauté du roman. Les quatre personnages ne vont pas faire que se croiser mais se réunir d'une manière qui prend le contre-pied de nos attentes de lecteur.

C'est cela le style Yasmina Khadra: trouver le contrepoint, déceler la rêverie, décevoir volontairement les attentes pour rendre son histoire plus vivante, plus violente.

Et violente, l'histoire l'est. Le roman s'ouvre sur une lapidation et se termine presque dans un bain de sang officiel. Le livre peut être difficile à lire dans le sens où il ne fait grâce d'aucune illusion au lecteur.

La fin un peu théâtrale peut déconcerter nos esprits occidentaux mais il ne faut pas oublier que l'écriture de Yasmina Khadra puise également ses sources dans la littérature arabe, au style plus imagé et hyperbolique.

 

Ce livre, encore une fois (!), met les femmes en valeur, ces hirondelles qui font face à l'horreur et à l'injustice avec plus de courage et de lucidité que leurs hommes. L'une, révoltée face à sa nouvelle condition de femme, l'autre, se sacrifiant pour son mari, ces deux femmes refusent de rendre les armes et sont les notes d'espoir de ce roman.

 

Ce n'est pas le livre que je préfère de cet auteur mais il reste essentiel pour comprendre la démarche d'écriture et de vie du romancier.

Par djule - Publié dans : Voyage en littérature
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Lundi 19 juillet 2010 1 19 /07 /Juil /2010 18:39

etourneau-sansonnet-375255.jpg

Cela faisait longtemps....

 

Le doux bruit des zoiseaux qui tentent de couvrir l'abominable vacarme des pelleteuses qui s'acharnent sous mes fenêtres m'inspire cette expression un brin désuete, un rien musicale : roupie de sansonnet.

 

La locution familière « c'est de la roupie de sansonnet » signifie « cela ne vaut rien, cela est sans valeur ».

 

Construction:

La roupie est certes la pièce la plus connue du système monétaire indien mais cela ne nous est d'aucune utilité pour comprendre cette expression.

 

La roupie, ici, n'est rien d'autre que de la morve! Hé oui!

Le mot « roupie », attesté à partir du XIIIème siècle est d'étymologie inconnue. On suppose des variation depuis le grec ruposqui signifie « crasse, saleté, substance gluante ».

La roupie désigne ainsi en ancien français la goutte d'humeur (au sens premier du terme) qui pend du nez.

Le mot a malheureusement disparu de notre vocabulaire, remplacé par le bien moins poétique morve.

Et le sansonnet??

 

Le sansonnet est, quant à lui, un petit oiseau, très exactement un étourneau. Que vient-il faire ici?

 

La forme ancienne de la locution est « de la roupie de singe ». Pourquoi avoir remplacé le singe au profit du sansonnet? Je n'en sais rien!

On suppose en revanche que l'image du très petit oiseau est plus frappante: ne possédant pas de nez puisque doté d'un bec, il ne peut faire de la roupie, rendant la sienne d'autant plus négligeable. Mouais.... Peu convaincant.... Mais je n'ai malheureusement pas mieux à vous proposer: c'est cela aussi la magie de notre lange, le mystère, l'absurde, l'interrogation!

Par djule - Publié dans : Découvrons la langue!
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Samedi 17 juillet 2010 6 17 /07 /Juil /2010 15:22

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Mon beau-frère, lecteur prolixe également, m'a laissé lors de son dernier passage à la maison un livre de poche qui l'avait emballé: Malevilde Robert Merle.

 

J'ai déjà lu pas mal de livres de cet auteur qui m'ont tous, pour des raisons diverses, « accrochés ». L'élégance du style et la richesse de l'imagination de Robert Merle ne sont plus à prouver et sa profonde humanité donne à tous ses ouvrages cette tonalité si particulière.

 

Malevil n'échappe pas à la règle. Lu une journée, je n'ai pu le lâcher une fois la première page entamée.

 

Emmanuel Comte, propriétaire de Malevil, château médiéval, met en bouteille son vin avec ses amis lorsqu'une bombe propre, comprenez sans radioactivité, explose et détruit apparemment toute vie humaine et animale sur terre. Emmanuel et ses amis survivent, protégés par la profondeur des murs de la cave et à la falaise à laquelle le château est adossé.

 

Ce groupe de survivants, composés d'identités fortes et différentes telles que Meyssonnier le communiste athée, Thomas le géologue de la ville, la Menou, ménine frêle mais énergique qui couve rageusement son fils de quarante-neuf ans Momo, mesure rapidement l'étendue de la catastrophe.

Ces hommes déboussolés et perdus dans ce monde d'après apocalypse vont devoir organiser leur survie dans ce monde dévasté qui laisse peu de place à l'espoir.

Et pourtant un embryon de vie sociale émerge des cendres de la bombe.


Les survivants rassemblent leurs réserves dans la cave, soignent les quelques animaux domestiques encore vivants, s'arment et se répartissent les rôles dans cette nouvelle organisation communautaire.


Hormis quelques querelles aisement réglées, la vie se reconstruit sans trop de heurts.

Mais les vrais ennuis surviennent avec l'apparition conjuguée de bandes de pillards et d'un faux prêtre fanatique et mégalomane dans le village voisin.


Emmanuel et sa nouvelle communauté vont devoir faire face à des dangers issus à la fois de la rudesse du moyen âge et la folie industrielle et fanatique de notre siècle.

Un mélange étonnant et surréaliste (au sens premier du terme) qui donne une coloration réaliste à ce roman d'anticipation.


On retrouve dans ce roman quelques traits caractéristiques de l'écriture de Robert Merle. Le personnage d'Emmanuel Comte n'est pas sans faire penser aux figures paternelles, faites de droiture et de noblesse naturelle, de la série Fortune de France.

Malevilm'a également fait penser à Ravage de Barjavel, autre roman d'anticipation écrit peu ou prou à la même époque.

 

Le roman a été adapté au cinéma avec Michel Serrault, Jacques Dutronc et Jacques Villeret mais a été désavoué par Robert Merle dès sa sortie.

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Par djule - Publié dans : Chez les Franchies
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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /Juil /2010 17:56

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J'ai découvert Annie Ernaux un jour de juin en ouvrant mon casier: un exemplaire de La Place en cadeau. Un très court récit autobiographique écrit en l'honneur de son père, un père dont elle a eu honte à mesure qu'elle construisait sa vie.

 

Je n'ai pas eu le temps d'écrire un billet en lisant La Place alors je prends un petit instant pour vous parler de celui que je viens de lire.

 

Une amie m'a prêté pour les vacances quelques livres parmi lesquels La femme gelée.

 

Annie Ernaux revient sur sa jeunesse, son adolescence, sa construction de jeune femme, d'épouse puis de mère. Remontant le cours de sa vie, elle retrace l'évolution de l'image de la femme telle qu'elle l'envisage aux différents ages de sa vie. L'auteur change, ses représentations aussi.

La vie de cette jeune femme illustre celle des jeunes femmes de sa génération, hésitant entre rêve d'indépendance et désir de mariage. Du refus de se soumettre aux codes des genders à l'enlisement dans un quotidien rétréci, le récit témoigne des interrogations d'une génération.

 

Ce livre, loin d'être un simple récit autobiographique, est un témoignage sur la condition des femmes dans les familles. Annie Ernaux va les observer ces femmes: celles de sa famille, de sa classe, de sa promo, de son quartier, du parc....

Annie Ernaux a conscience, dès l'enfance, de la différence qu'il existe entre les hommes et les femmes et met le doigt sur une des angoisses féminines encore vivace à notre époque: comment concilier vie familiale et vie professionnelle? comme s'épanouir en tant qu'épouse et mère sans renier sa vie active?

 

Les modèles qui peuplent l'enfance d'Annie Ernaux auraient pourtant dû  la prémunir contre cette fatalité du quotidien:

« Mes femmes à moi, elles avaient toutes le verbe haut, des corps mal surveillés, trop lourds ou trop plats, des doigts râpeux, des figures pas fardées du tout ou alors le paquet, du voyant, en grosses taches aux joues et aux lèvres. [...] elles ne soupçonnaient pas que la poussière doit s'enlever tous les jours, elles avaient travaillé ou travaillaient aux champs, à l'usine, dans des petits commerces ouverts du matin au soir ».

 

Ces femmes se subliment en l'image totale de la mère, cette mère qui ne voit pas la poussière, ne fait pas les lits, tient tête aux clients et fait les comptes pendant que son mari prépare la purée ou fait la vaisselle.

Le couple que forment ses parents, couple atypique et moqué par les amies d'Annie, couple moderne bien avant l'heure se garantira pas à la jeune femme l'indépendance qu'elle revendique.

Annie Ernaux égrène les étapes importantes de la vie d'une jeune fille: l'éveil de la sexualité, la découverte de l'autre, le bac et les études. Devenir prof, une raison d'exister, un avenir choisi et assumé.

Puis le mariage, presque par erreur, sans l'avoir voulu, pour faire plaisir. Un mariage de jeunes gens qui se construisent ensemble mais qui est la première étape d'un enfermement.

A cette étape du récit, je me sens tellement proche des questions soulevées par Annie Ernaux que je ne peux plus lâcher le livre. Il y a des livres autobiographiques qui nous rendent voyeur d'une existence différente alors que celui d'Annie Ernaux se fait le miroir de nos questionnements.

Ce livre est l'histoire d'un combat: celui d'une femme avec la société bien sur mais également avec ses propres représentations et désirs. Le féminisme effleure derrière ces pages mais sans aucune haine ou rejet. A la fois tendre et acéré sur son enfance, le regard de la narratrice se teinte avec le temps d'une tonalité amère et cynique sur l'inégalité homme-femme.

 

Un livre à faire lire à toutes les jeunes femmes de ma génération... et à tous les hommes aussi.

En signe de rappel et d'alerte.

En signe d'espoir et de vigilance.

Par djule - Publié dans : Chez les Franchies
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Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 00:50

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Un mois pour la biographie de Camus, deux jours pour le prix Goncourt de 1945 écrit par Jean-Louis Bory.

Mon village à l'heure allemandeest un livre de circonstance écrit durant les mois de mai, juin et juillet de l'année 1944 et qui relate les derniers mois de vie d'un village français sous l'Occupation allemande.

Nous sommes donc en 1944 à Jumainville. Les habitants vivent l'Occupation au jour le jour, englués dans un quotidien morose, mesquin, étouffant, dangereux. L'heure allemande c'est l'heure du couvre-feu, l'heure de l'émission quotidienne de Radio Londres, l'heure des maquisards et des vengeances personnelles.

Jumainville, à l'heure allemande, respire les querelles des uns et des autres, querelles anciennes et multiples ravivées par les choix politiques de chacun.

Jean-Louis Bory retrace une véritable chronique de ces derniers jours d'occupation. Les personnages, hauts en couleurs et authentiques, font vivre ce village qui s'embourbe dans la nuit de la collaboration. Loin d'être des héros, ces hommes et ces femmes tentent de survivre et d'assumer leur choix.

Leur mesquinerie, leurs querelles de villageois, leur dérision c'est leur résistance à eux pour faire face à la violence sourde et latente qui émane, non des occupants, réduits à la figure de fantoches un peu ridicule, mais des collaborateurs français.

 

Chacun aura la parole dans le roman, le village et le chien. Les points de vue vont se succéder, alterner, se chevaucher parfois. Le tour de force de Jean-Louis Bory est de se fondre dans la peau de chacun de ses personnages, se mêler intimement à leurs vies, les rendre vivants, vrais, à nos yeux.

 

Il recrée une toute une époque telle qu'on est peu habitué à la voir représentée. Le livre, écrit dans l'urgence de l'histoire, dégage une énergie étonnement palpable des années plus tard.

Par djule - Publié dans : Chez les Franchies
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